Et une décennie dans ma tronche !

Publié le par Sabrina Richard Auteur

Je pourrai me rouler en boule par terre, faire un gros caprice et hurler « Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? », ça ne changerait rien à l’affaire.

J’ai 40 ANS !!!

Ça calme hein ?

J’vous vois venir… Vous vous dites « Non, mais c’est quoi son problème ? 40 ans c’est rien, c’est qu’un chiffre, y’a pas de quoi flipper ! ».

Ouais, ben pour moi qui suis une adulescente, je peux vous dire que 40 ans c’est HORRIBLE, c’est la fin d’une époque, de l’insouciance, des moments où je pouvais encore croire que j’avais toute la vie devant moi !

Euh, c’est quoi une « adulescente » ?

Celle-là, j’avoue que je l’attendais, mais je vous remercie quand même de me l’avoir posé.

Alors, pour celles et ceux qui ne connaissent pas ce terme, voici une petite définition : « Se dit d'un adulte qui continue à se comporter comme un adolescent ».

Oui, comme les ados qui squattent votre canapé et pillent votre frigo, j'aime jouer aux jeux vidéos, mater des films et des séries télé toute la journée, n'aime pas avoir des chefs au-dessus de moi qui me dicte ce que je dois faire comme si j'avais six ans, j'aime manger avec mes doigts, les pizzas, les glaces, les nouilles et le ketchup !

Et j'en suis fière !

Bref, après cette petite digression, revenons à nos moutons, je disais donc « je pouvais encore croire que j’avais toute la vie devant moi ! ».

Il faut être réaliste, on va tous y passer d’ici quelques décennies et, en toute logique, vu les statistiques, un homme trépasse en moyenne à 78 ans et une femme à 85…

Là, les mecs qui me lisent font « glouuuppsss ».

Bon, après, il ne s’agit que de statistiques… Si vous êtes en bonne santé, que vous ne fumez pas, ne buvez pas, que vous mangez que des trucs super sains pour la santé et que vous faites du sport régulièrement, vous avez toutes les chances d’atteindre les âges mentionnés plus haut…

Re « glouuuppsss ».

OK… il est peu probable, vu notre mode de vie actuel d’espérer souffler nos 80 bougies. Donc, vous voyez bien que j’ai raison de flipper !

Quoi qu’il en soit, quand on entame une nouvelle décennie, on a tendance à faire un bilan, histoire de voir si notre vie vaut le coup qu’on se défonce pour elle depuis autant d’années. Donc, j’ai fait comme tout le monde, je me suis prêtée à l’exercice et, bizarrement, ça m’a fait du bien… Mine de rien, j’en ai vu passer des trucs dans ma life…

 

***

 

Quand, au début des années 70, je pointe le bout de mon nez, je n’ai pas trop conscience de ce qui m’attend.

Après tout, quand vous débarquez, on ne vous donne pas un manuel des trucs à savoir absolument avant de commencer votre vie. Tiens, ça serait une bonne idée ça, créer un livret explicatif pour les nourrissons… ouais… sauf qu’à cet âge-là ils ne savent pas lire ces petits morveux !

Les premières années sont plutôt cools. Mes deux parents me couvent d'amour, tout comme ma grand-mère maternelle et mon tonton (je ne parle pas de l'autre côté de ma famille, car eux, je ne les connais pas des masses, à part une tante et un oncle, le reste c'est un peu flou).

Bref, je baigne dans une ambiance post baba cool, j'écoute Let Zep, les Stones, Pink Floyd, Santana, Heindrix et pour moi la vie ressemble au Manège Enchanté...

Jusqu'à ce que je grandisse, que les années 80 deviennent has been et que les années 90 débarquent. Et là, c'est le début de la cata !

J'aborde l'adolescence avec le courage d'une biche prise dans les phares d'une bagnole. Je suis tétanisée par le monde qui m'entoure !

Mes parents décident de déménager dans l'Essonne. Moi qui suis une enfant de « La Défense » avec ses tours de plusieurs dizaines d'étages, je me retrouve dans une résidence arborée avec une rivière dans une ville de cinq mille habitants ! Arrrggg ! J'ai l'impression d'être à la campagne (en même temps, les fenêtres de l'appart donnent sur un champ !) et j'ai même peur de ne plus pouvoir regarder mes émissions télé préférées, car, je ne sais pour quelle raison, je crois que l’on va capter uniquement France 3 Centre (comme quoi on est débile à cet âge-là).

Arrive la vingtaine, des envies de liberté, je me sauve à la Fac avec mon bac en poche (avec mention, et toc !), et prépare une année de Droit à Melun. Ce n'est pas la meilleure fac du monde, ça c'est sûr, mais j'y rencontre celui qui va devenir mon premier mari. Comme quoi, faire des études sert à quelque chose, n’en déplaise à mon prof de « Relations Internationales », qui nous avait fait un sermon dès le premier jour, en nous précisant que nous étions là pour faire des études et non pour épouser un futur juge ou avocat. En cela, il avait raison… Mon futur mari choisit, à la fin de nos études, de devenir agent d’assurance.

Premier boulot, premier salaire (une misère), premier appart (un studio vu la hauteur de ma paie), dans un quartier « populaire » de Paris (comprendre : où vivent plein de gens qui n'ont pas de tunes).

Les choses s'accélèrent, je quitte mon boulot pour un autre, et encore un autre, jusqu'à trouver ma vocation : assistante de direction à la télé !

À 32 ans, les envies de liberté me reprennent. Je n'en peux plus de cette vie, de ce mariage qui me bouffe et dans lequel je ne m'épanouis plus, je balance tout : l'appart, le mari et je rencontre un autre homme, celui qui, en fait, m’ouvre les yeux et me fait comprendre que je suis capable de faire beaucoup plus, de laisser libre cours à ma créativité et à mes envies, et d'en être fière.

Grâce à ses conseils avisés et à son soutien, je quitte mon boulot et m'inscris en fac de psycho.

En parallèle je commence l’écriture d’un manuscrit...

Mon Amour m'encourage, lit les chapitres au fur et à mesure que je les publie sur un blog et les lecteurs commencent à arriver...

C'est là que le déclic se produit : je suis faite pour être écrivain ! En plus, je viens d’avoir un gamin (je suis tombée enceinte moins de six mois après avoir rencontré l’Homme de ma vie), c’est le moment où jamais de commencer une nouvelle carrière qui me permette de gérer à la fois mon petit bout et ma passion…

Les années passent, petit Paul grandit, devient un petit homme, et à 36 ans, j’accouche de sa petite sœur, Cathy.

À 38, je publie mon premier roman, un thriller, à compte d'éditeur. Je saute partout, suis plus que jouasse à l'idée de prouver enfin à mon entourage que « oui, je suis capable de finir quelque chose, la preuve, je suis publiée ! ».

Quelques mois plus tard, je redescends de mon nuage : l'éditeur est un escroc qui bouffe les droits d'auteurs au lieu de les distribuer...

Je claque la porte, romps mon contrat et reprends les droits d’exploitation sur mon livre.

Je le relis, le peaufine et le propose à d'autres maisons.

Bien m'en a pris : je signe avec un vrai éditeur et mon bébé version 2.0 voit le jour ! À partir de là, tout va très vite, les autres livres s’enchainent année après année, et me voilà maintenant, à l'aube de la quarantaine, avec des projets littéraires pleins la tête...

 

***

 

Pourquoi je vous ai raconté tout ça, alors même qu’il y a quelques pages je vous avais promis de ne pas vous raconter ma vie ? Tout simplement parce que, au fond de moi, fêter l’arrivée de cette saloperie de décennie m’a fait un choc ! Surtout le lendemain matin quand la réalité m’est tombée dessus plus vite qu’un huissier…

Quoi qu'il en soit, Je n’ai pas le choix... Je ne peux pas changer ma date de naissance (finalement c'est cool d'être née dans les années 70), ni arrêter le temps et faire en sorte d'avoir 39 ans à tout jamais.

Et pourtant j’ai LA solution : je vais compter à rebours !

J'ai 40 piges cette année ? Pas grave, l'année prochaine, je fêterai mes 39, celle d'après mes 38 et encore après 37, etc. Jusqu'à ce que j'atteigne l'âge vénérable de 0 an dans les années 2050 !

Voilà ! C'est ça le truc en fait pour ne plus se prendre la tête avec ces saloperies d'anniversaires qui nous amènent immanquablement à franchir des décennies alors que nous, tout ce qu'on veut, c'est vivre tranquillou sans nous prendre la tête.

L'âge n'est qu'un chiffre, pour reprendre votre réflexion du début. Certes, c'est pas faux... Sauf que quand vous passez un entretien d'embauche et que vous annoncez que vous avez 40 ans, les recruteurs vous regardent d'un autre œil... Pour eux, surtout quand vous êtes une femme, vous avez pratiquement dépassé la date de péremption ! Heureusement, je n’ai plus à en passer par là, ayant la chance de pouvoir vivre, modestement, des droits d’auteurs que me rapportent mes livres.

Pour conclure ce long, très long billet consacré à ma quarantaine, je ne dirais qu'une chose : après avoir décidé de faire régresser mon âge au fur et à mesure de mes prochains anniversaires, j'aborde cette quarantaine plus sereinement et peux clamer haut et fort : 40 ans, même pas peur !

 

 

© Sabrina Richard – « Ma vie de femme presque parfaite »

Publié dans My life

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Nina Padilha 20/04/2014 12:47

Ah tu me fais rire !
Mes quarante ans, je les ai fêtés durant UNE SEMAINE !
Tous les jours : fiesta !
Allez, ma belle. Du calme !
Bisous !

Sabrina Richard Auteur 25/04/2014 11:39

Coucou Nina,
C'est un roman, pas une autobio...
C'est Babeth qui se tape sa crise de la quarantaine, c'est mon personnage, pas moi ;-)